CHAPITRE
5
LES OPÉRATIONS FINANCIÈRES
Par opérations financières, il faut entendre des opérations sur actifs et passifs financiers qui ont lieu entre des unités institutionnelles ou entre une unité institutionnelle et le reste du monde.
5.02 . En se basant sur la définition dune opération (voir 1.33.), une opération financière peut se définir comme une action réciproque convenue dun commun accord entre des unités institutionnelles ou entre une unité institutionnelle et le reste du monde. Elle implique soit la création ou la liquidation simultanée dun actif financier et de son passif de contrepartie, soit le changement de propriété dun actif financier, soit encore la souscription dun engagement.
5.03 . Les actifs financiers sont des actifs économiques qui se présentent sous la forme de moyens de paiement ou de créances financières ou qui sont assimilables par nature à des créances financières.
5.04 . Les moyens de paiement englobent lor monétaire, les droits de tirage spéciaux (DTS), le numéraire et les dépôts transférables.
Une créance financière donne à son propriétaire le créancier le droit de recevoir sans contre-prestation un ou plusieurs paiements dune autre unité institutionnelle le débiteur qui a contracté lengagement de contrepartie.
Comme exemples dactifs économiques assimilables par nature à des créances financières, on peut citer les actions et autres participations ainsi que les actifs partiellement conditionnels. Lunité institutionnelle qui émet semblables actifs financiers est réputée avoir contracté un engagement de contrepartie.
5.05 .
Par actifs conditionnels (dits aussi «éventuels»), il faut
entendre des contrats passés entre des unités institutionnelles
ou entre une unité institutionnelle et le reste du monde qui
stipulent une ou plusieurs conditions à remplir pour quune opération financière puisse avoir lieu.
Citons, comme exemples, les garanties de paiement par des tiers,
les lettres de crédit, les lignes de crédit, les facilités démission deffets
(«NIF») et la plupart des produits financiers dérivés. Le
système considère quun
actif conditionnel est un actif financier à partir du moment où
le contrat lui-même a une valeur marchande parce quil peut être négocié ou faire lobjet dune compensation sur le marché. Le
système nenregistre pas les actifs conditionnels qui
ne remplissent pas cette condition (
).
5.06 . Le système distingue sept catégories dactifs financiers: Or monétaire et droits de tirage spéciaux (AF.1), Numéraire et dépôts (AF.2), Titres autres quactions (AF.3), Crédits (AF.4), Actions et autres participations (AF.5), Provisions techniques dassurance (AF.6) et Autres comptes à recevoir/à payer (AF.7).
5.07 . Dans le système, tous les actifs financiers, à lexclusion de ceux relevant de la catégorie Or monétaire et droits de tirage spéciaux (AF.1), ont un passif de contrepartie. Six catégories de passifs (financiers) sont donc distinguées, qui correspondent aux catégories dactifs financiers dont ils sont la contrepartie.
5.08 . La nomenclature des opérations financières suit exactement celle des actifs et des passifs financiers. Sept catégories dopérations financières sont donc distinguées: les opérations sur or monétaire et droits de tirage spéciaux (F.1), les opérations sur numéraire et dépôts (F.2), les opérations sur titres autres quactions (F.3), les opérations de crédit (F.4), les opérations sur actions et autres participations (F.5), les opérations sur provisions techniques dassurance (F.6) et les opérations sur autres comptes à recevoir/à payer (F.7).
5.09 . Les actifs financiers détenus et les passifs contractés (par un secteur ou le reste du monde) à un moment donné dans le temps sont enregistrés dans un compte de patrimoine (voir chapitre 7). Les opérations financières ont pour effet de modifier les comptes de patrimoine. Toutefois, les variations constatées entre les comptes de patrimoine douverture et de clôture peuvent également être dues à dautres flux (voir chapitre 6) et non à des actions réciproques convenues dun commun accord entre des unités institutionnelles ou entre une unité institutionnelle et le reste du monde. Les autres flux comprennent les réévaluations dactifs et de passifs financiers et les changements de volume dactifs et de passifs financiers ne résultant pas dopérations financières. Les premières sont portées au compte de réévaluation, les autres au compte des autres changements de volume dactifs sous les rubriques destructions dactifs dues à des catastrophes, saisies sans compensation, autres changements de volume dactifs et de passifs financiers n.c.a. et changements de classement ou de structure.
5.10 . Les opérations financières entre unités institutionnelles sont enregistrées dans les comptes financiers des différents secteurs dont celles-ci relèvent. Celles entre des unités institutionnelles et le reste du monde sont enregistrées dans les comptes financiers des secteurs concernés ainsi quau compte financier extérieur, correspondant au compte financier du reste du monde (voir chapitre 8).
Le compte financier (dun secteur ou du reste du monde) présente dans sa partie gauche les acquisitions moins les cessions dactifs financiers et dans sa partie droite les accroissements moins les remboursements de passifs. Le solde du compte financier, qui est égal à lacquisition nette dactifs financiers diminuée de laccroissement net des passifs, est appelé capacité (+)/besoin (-) de financement (B.9).
5.11 . Le compte financier dun secteur peut être consolidé ou non. Le compte financier non consolidé dun secteur présente les variations des actifs et des passifs financiers résultant de lensemble des opérations financières dans lesquelles sont impliquées des unités institutionnelles appartenant à ce secteur. Le compte financier consolidé dun secteur reprend les variations des actifs et des passifs financiers résultant des opérations financières réalisées entre les unités institutionnelles appartenant à ce secteur et dautres unités institutionnelles ou le reste du monde. Par rapport au compte non consolidé, le compte consolidé ne considère donc pas les opérations financières intervenant entre les unités institutionnelles faisant partie du secteur concerné. Le compte financier extérieur est consolidé par définition.
5.12 . Une opération financière entre deux unités institutionnelles a pour effet daccroître la capacité/le besoin de financement de lune et, à concurrence dun montant identique, de diminuer la capacité/le besoin de financement de lautre. Les opérations financières intervenant entre des unités institutionnelles appartenant au même secteur ne modifient pas la capacité de financement/le besoin de financement de celui-ci. Les comptes financiers consolidé et non consolidé dun secteur ont une capacité/un besoin de financement identique. De même, les opérations financières entre unités institutionnelles ne modifient pas la valeur de la capacité/du besoin de financement de léconomie totale, qui est égale mais de signe contraire à celle du compte financier extérieur. Par conséquent, la valeur totale de la capacité/du besoin de financement de lensemble des unités institutionnelles et du reste du monde est nulle.
5.13 . Le
compte financier par débiteur/créancier (
)
(dun secteur ou du reste du monde) constitue
une extension du compte financier proposant une ventilation de lacquisition nette dactifs
financiers par secteur débiteur et de laccroissement
net des passifs par secteur créancier. Il fournit donc des
informations sur les relations entre débiteurs et créanciers et
est cohérent avec le compte de patrimoine financier par
débiteur/créancier (voir 7.69.). Pour les opérations financières ayant
lieu sur des marchés secondaires, il ne fournit cependant aucune
information relative aux unités institutionnelles à qui sont
vendus ou achetés des actifs financiers; il ne permet donc pas
de répondre complètement à la question de savoir «qui finance
qui» au cours dune période comptable.
5.14 . Le compte financier est le dernier de la séquence des comptes à faire état dopérations (voir chapitre 8). Il ne fait donc pas apparaître de solde comptable à reporter dans un autre compte. Dans le système, le solde comptable du compte financier est identique à celui du compte de capital. Dans la pratique toutefois, un écart sera généralement constaté entre les deux du fait quils sont calculés à partir de données statistiques différentes.
5.15 . Dans le SEC, chaque opération financière a toujours une opération de contrepartie, soit une autre opération financière, soit une opération non financière.
Laccroissement ou la réduction simultanée à la fois dactifs et de passifs financiers ou léchange dun actif contre un autre doivent être enregistrés dans le compte financier (dun secteur ou du reste du monde). Lorsquune opération et sa contrepartie sont toutes deux de nature financière, elles modifient la composition du portefeuille dactifs et de passifs financiers. Elles peuvent aussi faire varier les totaux à la fois des actifs et des passifs financiers des unités institutionnelles concernées ou du reste du monde, mais elles naffectent nullement la capacité de financement/le besoin de financement, pas plus que la valeur nette.
Les opérations financières peuvent également avoir pour contrepartie des opérations sur produits (voir chapitre 3), des opérations de répartition (voir chapitre 4) ou des opérations sur actifs non financiers non produits (voir 6.06.). Si la contrepartie dune opération financière nest pas de nature financière, la valeur de la capacité de financement/du besoin de financement des unités institutionnelles concernées ou du reste du monde sera modifiée.
5.16 . Une opération financière peut avoir pour contrepartie un transfert (courant ou en capital) (voir chapitre 4). Dans ce cas, lopération financière implique soit un changement de propriété dun actif financier, soit la reprise dun engagement en qualité de débiteur (reprise de dette), soit encore la liquidation simultanée dun actif financier et de son passif de contrepartie (annulation de dette ou abandon de créance). La contrepartie de la reprise ou de lannulation dune dette relève de la rubrique transferts en capital (D.9) et est porté au compte de capital.
La reprise ou lannulation par le propriétaire dune quasi-société de créances financières de et sur celle-ci a pour contrepartie une opération sur actions et autres participations (F.5).
La reprise ou lannulation par une administration publique de dettes dune société publique qui disparaît du Système en tant quunité institutionnelle ne donne lieu à linscription daucune opération au compte de capital ou au compte financier, mais à lenregistrement dun flux dans le compte des autres changements de volume dactifs (voir chapitre 6).
La reprise ou lannulation par une administration publique de dettes dune société publique dans le cadre dun processus de privatisation à mener à court terme a pour contrepartie une opération sur actions et autres participations. Par la cession des actions et autres participations, la privatisation entraîne labandon du contrôle exercé sur cette société publique (voir 2.26.). Semblable reprise ou annulation conduit à un accroissement des fonds propres (voir 7.05.), que celui-ci résulte ou non de lémission dactions ou autres titres de participation.
La réduction ou labandon unilatéral dune créance irrécouvrable par un créancier ainsi que lannulation unilatérale dune créance par un débiteur (répudiation dune dette) ne sont pas considérés comme des opérations financières parce que ne résultant pas dune action réciproque convenue dun commun accord entre des unités institutionnelles ou entre une unité institutionnelle et le reste du monde. La réduction ou labandon unilatéral dune créance irrécouvrable par un créancier est porté au compte des autres changements de volume dactifs (voir 6.27.d). La répudiation de dettes nest pas identifiée par le système.
5.17 . Une opération financière peut avoir pour contrepartie des intérêts (D.41). Ceux-ci sont reçus par les créanciers et versés par les débiteurs de certains types de créances financières relevant des rubriques numéraire et dépôts (AF.2), titres autres quactions (AF.3), crédits (AF.4) et autres comptes à recevoir/à payer (AF.7). Le système comptabilise les intérêts sur la base des droits constatés, cest-à-dire quil les traite comme revenant de façon continue aux créanciers en rapport avec le montant du principal en cours (voir 4.50.). La comptabilisation dintérêts (D.41) a toujours pour contrepartie une opération financière donnant au créancier un droit supplémentaire à légard du débiteur. De la sorte, les intérêts sont considérés comme étant réinvestis. Le versement effectif dintérêts nest pas comptabilisé sous la rubrique intérêts (D.41); il constitue une opération portant sur le transfert de la propriété de moyens de paiement et ayant pour contrepartie une opération financière qui a pour effet de réduire la créance financière nette du créancier vis-à-vis de son débiteur. Si des intérêts courus ne sont pas versés à la date où ils doivent lêtre, il y a arriérés dintérêts. Les intérêts courus étant cependant déjà comptabilisés dans le système, les arriérés dintérêts ne modifient pas le total des actifs ou des passifs financiers; ils sont juste susceptibles de modifier leur classement (voir 5.131.).
5.18 . Une opération financière peut avoir pour contrepartie des revenus de la propriété attribués mais non distribués. Citons notamment les intérêts (D.41) et les dividendes (D.421) que des organismes de placement collectif ont tirés de leurs investissements et quils ont attribués mais non distribués à leurs actionnaires (voir 4.49.b et 4.54.b), les bénéfices réinvestis dinvestissements directs étrangers (D.43) et les revenus de la propriété attribués aux assurés (D.44) dans le cas de polices dassurance-vie individuelle contractées en dehors de régimes dassurance sociale. Lopération financière de contrepartie a pour résultat que les revenus de la propriété (positifs ou négatifs) sont traités comme étant réinvestis.